Une très probable tornade F4 découverte en France (ds le 80) en 1895

 
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Nicolas Baluteau
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MessagePosté le: Ven 8 Aoû 2014, 14:04    Sujet du message: Une très probable tornade F4 découverte en France (ds le 80) en 1895 Répondre en citant

Bonjour à tous et toutes Smile

Voici une belle occasion pour moi de refaire un coucou sur ce forum où je regrette bien de ne pas pouvoir venir plus souvent.
Le recenseur de cas anciens Gwenael Milcareck nous a transmis ce cas survenu dans la Somme le 10 août 1895, un cas puissant qui a atteint brièvement le stade F4 (au cours d'un parcours relativement court dont l'intensité moyenne des dégâts relèverait plutôt du stade F3) et qui - précision d'importance !- n'est pour l'instant recensé nulle part ailleurs en ligne. Eh oui, on voit bien ici que des cas même puissants peuvent passer encore au travers des mailles du filet même à l'orée du XXème siècle (!).
Autre point fort : la situation météo qui a été particulièrement bien appréhendée notamment dans son timing grâce à l'horaire mentionné de chacun des témoignages, une probable ligne supercellulaire ayant affecté le nord de la France ce jour-là ainsi que la Belgique (d'ailleurs Gwenael mentionne une autre tornade en Belgique entre Plancenoit et Wavre dans la soirée).

J'attends pour l'instant quelques indications de sources avec lesquelles je réactualiserai la fiche, mais d'ores et déjà cette dernière est publiée EDIT fiche réacctualisée : http://www.ouest-orages.org/pages/pages-masquees/1895-tornade-f4-a-beaucamp…





L'église au clocher arraché - carte postale de 1906, éditeur inconnu / Carte des lignes supercellulaires reconstituées grâce à la localisation et à l'horaire de chaque témoignage. Les couleurs représentent les différentes cellules.


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MessagePosté le: Ven 8 Aoû 2014, 14:04    Sujet du message: Publicité

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Robert Vilmos
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MessagePosté le: Mar 12 Aoû 2014, 21:25    Sujet du message: Une très probable tornade F4 découverte en France (ds le 80) en 1895 Répondre en citant

Voici les renseignements que nous possédons sur la tornade du 10 août 1895 en Belgique :

10 août 1895

Au cœur d’une période estivale fraîche et humide, où il a plu tous les jours entre le 2 et le 14 août, cette journée du 10 août a été plus clémente, avec des températures de l’ordre de 24°C. Mais cette douceur allait se payer très cher, avec des orages d’une extraordinaire violence et l’une des pires tornades que notre pays n’ait jamais connues. Voyez les commentaires d’époque, écrits par A. Lancaster.

« La situation atmosphérique, le 10 au matin, était éminemment favorable à la production d’orages. Deux centres de dépression existaient sur le nord de l’Europe, l’un au NO des Îles Britanniques, l’autre sur la Baltique. L’air était sollicité, chez nous, par ces deux foyers d’appel. De plus, notre pays constituait un îlot de chaleur au milieu des régions moins échauffées, circonstances qui est toujours l’indice de troubles orageux […]

« C’est ce que l’on a très bien pu constater le 10 août. Les différents orages qui ont sévi dans la soirée de ce jour-là ont pris naissance presque partout à la même heure, c’est-à-dire entre 6 et 7 h, et ils ont atteint leur maximum d’énergie entre 9 h. et 9 ½ h (de nos jours : +2 heures).« En peu d’instants de grands désastres avaient marqué leur passage : la pluie avait provoqué de subites inondations, la grêle avait anéanti de nombreuses récoltes, la foudre avait tué des personnes et des animaux, incendié des maisons et un grand nombre de fermes ; le vent, enfin, avait achevé l’œuvre des autres éléments, et, entre autres, occasionné d’énormes ravages à 20 km au SE de Bruxelles. […]

« Au moment où, sur la Belgique entière, la tourmente orageuse du 10 août est arrivée à son paroxysme d’intensité, vers 9 h, une trombe a parcouru toute la région que traverse la Lasne; depuis les confins du territoire de Plancenoit jusqu’aux environs de Wavre.« Le terrible phénomène a suivi une ligne sinueuse, dans une direction générale du sud-ouest au nord-est, sévissant sur une zone d’une centaine de mètres de largeur et semant partout sur son parcours la dévastation et la ruine. »


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Robert Vilmos
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MessagePosté le: Mar 12 Aoû 2014, 21:34    Sujet du message: Une très probable tornade F4 découverte en France (ds le 80) en 1895 Répondre en citant

Bonjour Nicolas,

Voici des résultats beaucoup plus complets sur cette tornade, issus d'une recherche que nous avons entreprise il y a quelques années déjà :




C’est sans nul doute l’une des pires tornades que notre pays ait connue, certainement comparable à celles de 1967 et de 1982.

Pour bien interpréter le témoignage qui va suivre, il convient de faire les remarques suivantes :


1) L’heure est le plus souvent exprimée, dans ce texte, sous la forme suivante : 11 heures du matin, 9 heures du soir voire même 3 heures du soir. Des formulations telles que 21 heures n’ont pas été utilisées. Dans certains cas, c’est le contexte qui permet de dire s’il s’agit de 9 heures du matin ou neuf heures du soir.

En outre, l’heure belge de l’époque ne correspond pas à celle d’aujourd’hui. Depuis 1892, en effet, elle était calquée sur l’heure GMT. De nos jours, on est à GMT+1 en hiver et GMT+2 en été.

Cela revient à dire que le lever et le coucher du soleil, en heure d’époque, étaient respectivement de 4 h. 21 et 19 h. 13 pour un 10 août en région bruxelloise. Pour Liège, c’est environ 5 minutes plus tôt. Cela peut avoir son importance dans l’évaluation du moment de la journée où les orages et la tornade se sont produits.

2) Les directions du vent sont indiquées en français (SO et non SW).

3) Les pressions sont exprimées en millimètres de mercure. 1 mm = 1,33 hPa.


En outre, il est à noter que la température, en ce 10 août 1895, a été relativement élevée à Uccle, avec un minimum de 14°C et un maximum de 24°C. À Maastricht, le thermomètre est monté jusqu’à 27°C environ avec, là, un vent soufflant de sud à sud-ouest.

Le total des précipitations s’est élevé à 21 mm à Uccle (et 28 mm à Bruxelles). Cette douceur a été temporaire et s’est inscrite dans une période plutôt fraîche, où il a plu tous les jours entre le 2 et le 14 août. De nombreux jours, les maxima ont été voisins de 17°C. On parle de régime cyclonique pendant toute cette période, et à peu près tous les jours, le tonnerre a été entendu au moins quelque part dans le pays. Tout porte à croire que le 10 août, notre pays se soit retrouvé dans le secteur chaud d’une perturbation, dans de l’air tropical maritime au sein duquel une dépression thermique a en outre formé une zone de convergence. Cette dépression thermique, à mon avis, s’est déplacée de sud-ouest à nord-est (ou d’ouest-sud-ouest à est-nord-est) et le noyau est passé juste au sud-est de Bruxelles. En outre, il y a dû y avoir une remarquable wind-shear, avec un vent de sud tournant à l’est dans les basses couches, tandis que le vent aurait continué de souffler de sud-sud-ouest ou de sud-ouest dans les moyennes couches (et peut-être d’ouest dans les hautes couches).

Ceci, bien sûr, est une interprétation. Mais lisez le témoignage qui suit. C’est saisissant !

« La basse Belgique et certaines parties de la moyenne Belgique conserveront longtemps le souvenir de la violente tourmente orageuse de la soirée du 10 août 1895. Depuis fort longtemps, pareil déchaînement des éléments, donnant lieu à un spectacle grandiose et terrifiant, et accumulant les désastres sur tous les points exposés à sa fureur, ne s’était plus produit.

J’ai eu la bonne fortune (pour un météorologiste) d’assister à la tourmente et de l’observer dans des conditions exceptionnellement favorables. Parti d’Ostende à 8 h. 23 du soir, au moment où l’orage allait atteindre sa plus grande force, j’ai traversé jusqu’à Bruxelles, où je suis arrivé à 11 h. la dépression orageuse tout entière, et j’ai pu juger de son étendue, de ses caractères et en étudier les diverses particularités.

Plusieurs orages planaient sur la moitié occidentale du pays, tous sévissant avec la même violence. Cette multiplicité de centres orageux explique la fréquence extraordinaire des éclairs et l’abondance des chutes pluviales.

À certain moment, vers 9 ½ h, trois orages bien distincts occupaient l’horizon : l’un au N., l’autre à l’E., le troisième au S. Tous les trois lançaient des éclairs de façon incessante. J’avais déjà traversé le premier, au milieu d’une pluie diluvienne ; maintenant la pluie était moins forte, notre train se trouvant en quelque sorte à la limite des trois orages, mais il atteignit bientôt celui du S., et une averse non moins violente que la précédente nous assaillit. Nous dûmes stopper plusieurs fois en cours de route, les feux des signaux sémaphoriques n’étant plus visibles par suite de l’épaisseur de la nappe liquide qui s’échappait des nuages. En approchant de Bruxelles, le trouble s’apaisa peu à peu, mais de forts éclairs continuèrent à illuminer le ciel à de fréquents intervalles.

La situation atmosphérique, le 10 au matin, était éminemment favorable à la production d’orages. Deux centres de dépression existaient sur le nord de l’Europe, l’un au NO des Îles Britanniques, l’autre sur la Baltique. L’air était sollicité, chez nous, par ces deux foyers d’appel. De plus, notre pays constituait un îlot de chaleur au milieu des régions moins échauffées, circonstances qui, ainsi que nous l’avons fait voir à maintes reprises, est toujours l’indice de troubles orageux, provoqués par la formation d’une légère dépression barométrique due à cet excès de température. Dans ce cas, la dépression peut embrasser une assez grande étendue, mais elle s’évanouit rapidement, à raison de son peu de profondeur. Elle est généralement constituée alors par un ensemble de tourbillons de faible diamètre, d’où s’échappent la foudre, la pluie et la grêle, et forme ainsi un groupe d’orages, animés d’un mouvement très lent.

C’est ce que l’on a très bien pu constater le 10 août. Les différents orages qui ont sévi dans la soirée de ce jour-là ont pris naissance presque partout à la même heure, c’est-à-dire entre 6 et 7 h, et ils ont atteint leur maximum d’énergie entre 9 h. et 9 ½ h.

En peu d’instants de grands désastres avaient marqué leur passage : la pluie avait provoqué de subites inondations, la grêle avait anéanti de nombreuses récoltes, la foudre avait tué des personnes et des animaux, incendié des maisons et un grand nombre de fermes ; le vent, enfin, avait achevé l’œuvre des autres éléments, et, entre autres, occasionné d’énormes ravages à 20 km au SE de Bruxelles.

Nous donnons plus loin quelques renseignements fournis par les correspondants de l’Observatoire sur les diverses manifestations des orages du 10 août et sur leurs désastreux effets.

Les coups de foudre ont été particulièrement nombreux.

Des fermes ou des maisons ont été incendiées à Iseghem, à Bulscamp, à Winckel-Saint-Éloy, à Pitthem, à Ollignie, à Bassily, à Fayt, à Borgerhout lez-Anvers (deux), au faubourg de Charleroi, à Lincent, à Orsmael, etc.

On a signalé des maisons atteintes par le fluide, et plus ou moins endommagées, à Iseghem, à Gand, à Bruxelles (derrière l’abattoir et rue de la Voirie), à Vilvorde, à Charleroi, à Seneffe, à Marie-Geest (Jodoigne), à Anvers, à Herstal, etc.

Des arbres ont été fracassés à Maldeghem, à Somergem (peuplier), à Mont-Saint-Amand, à Gentbrugge, à Bruxelles (boulevard Léopold II), à Attre, à Hornu, etc.

Une meule de paille a été incendiée à Zwyndrecht et une partie de fagots à Somergem.

Trois personnes ont été tuées à Iseghem et une autre frappée à Familleureux.

Animaux foudroyés : un bœuf à Marie-Geest, un cheval à Coxyde, deux chevaux à Malines, une vache à Maffles.

La grêle a été très désastreuse dans la partie méridionale de la dépression orageuse. Il en est aussi tombé au centre et au nord, mais les grêlons y étaient de grosseur ordinaire et partant sans danger. Comme on le verra plus loin, le phénomène a surtout présenté une intensité extraordinaire dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, et le long du fleuve, entre Andenne et Amay.

La répartition des pluies s’est faite de manière assez uniforme sur la région atteinte par les orages et de façon bien tranchée entre cette région et celle peu ou point éprouvée. Toute la partie située à gauche de la ligne Sambre-Meuse, et comprenant les deux Flandres, les provinces d’Anvers, de Brabant, de Limbourg, une grande partie du Hainaut et la moitié de la province de Liège, a reçu 20 mm d’eau en moyenne. Dans la partie à droite de cette ligne, et formée surtout par la haute Belgique, il a plu faiblement ou pas du tout (4 mm en moyenne). Parmi les stations qui ont relevé les plus grandes hauteurs de pluie (25 mm au moins), nous signalerons :


Flandre occidentale : ………………… Brabant : ……………………………………………
Dixmude ……………………………… 25 mm …… Caggevinne-Assent ……… 26 mm
Bosinghe …………………………… 27 mm …… Diest ……………………………………… 26 mm
Menin …………………………………… 31 mm …… Bruxelles …………………………… 28 mm

Flandre orientale : ……………………… Hainaut : ……………………………………………
Selzaete …………………………… 27 mm …… Autryve ………………………………… 32 mm
Somergem …………………………… 27 mm …… Constantin ………………………… 28 mm
Schipdonck ……………………… 28 mm …… Lanquesaint ……………………… 25 mm
Gand ……………………………………… 38 mm …… Thuillies …………………………… 26 mm

Roodenhuyze …………………… 29 mm …… Limbourg : …………………………………………
Audenaerde ……………………… 35 mm …… Hasselt ………………………………… 27 mm
Berchem ……………………………… 35 mm …… Hechtel ………………………………… 31 mm

Anvers : ……………………………………………………
Emblehem …………………………… 31 mm ……
Lierre ………………………………… 31 mm ……
Malines ……………………………… 29 mm ……


Les mouvements du baromètre, au plus fort de la tourmente, ont été très remarquables. En baisse lente depuis la veille, sa chute s’est accentuée à partir de 2 h. de l’après-midi, pour reprendre sa première allure à 6 h. Un peu après 8 h, une descente brusque se produit (près de 1,5 mm en 40 minutes), suivie d’une hausse plus rapide et plus étendue encore (2,5 mm en 40 minutes), vers 9 h. Nouvelle chute ensuite, de près de 2 mm, dans le même intervalle de temps (environ 40 minutes), puis après une baisse lente jusqu’à 2 h. du matin, le mercure prend un mouvement ascendant bien accusé, mouvement qu’il conserve jusqu’au 15.

La girouette n’a pas eu les allures désordonnées qu’on observe parfois lors des grands orages. Fixée au S depuis le matin, elle se mit à rétrograder lentement vers l’E à partir de 5 h. du soir ; elle atteignit ce point vers 7 ½ h, et continua son mouvement jusqu’à 9 h. : elle était alors arrivée au N, direction diamétralement opposée à celle qu’elle marquait avant l’orage. Après être restée au N pendant quelques temps, elle revint, lentement, également, au S (entre 3 et 4 h. du matin).

Voici, pour finir, les notes dont nous avons parlé plus haut, envoyées par les correspondants de l’Observatoire :

Ledeberg : Orage d’une violence extraordinaire. De 8 ½ h. à 8 ¾ h, les éclairs se suivent sans interruption : il y en a au moins 60 par minute. Le plus grand nombre de ces éclairs sont horizontaux, et on remarque la durée extraordinaire de quelques uns, ce qui semble indiquer qu’ils se produisent de nuage en nuage et sous forme d’éclairs en chapelet. Le 11 août, au matin, on a trouvé sous les arbres plusieurs moineaux morts par la violence de la pluie et du vent. (M. P.-J. De Ridder.)

Jamioulx : Une trombe est arrivée de la direction de Marbais, a brisé des branches d’arbres dans le bois de Gozée, enlevé des têtes de peupliers dans la vallée de l’Eau-d’Heure, déraciné et brisé plus de trente pieds d’arbres fruitiers en plein rapport. Des tuiles ont également été enlevées des toitures. La force du vent était telle que des têtes d’arbres fruitiers ont été projetées à plus de 10 mètres. On a trouvé des branches de hêtre qui viennent probablement du bois de Gozée, situé à près de 1 kilomètre de distance. La grêle n’a guère fait de dégâts dans cette commune. (M. Thibaut.)

Thuillies : De 8 à 9 h, les éclairs sillonnent l’horizon d’une manière presque ininterrompue : j’en compte 42 à la minute.

La grêle commence à 9 h. 05, va en augmentant jusqu’à 9 h. 17, puis cesse tout d’un coup. Les grêlons ont la taille d’une noix ordinaire : certains ont la forme de glaçons. À ma porte et aux fenêtres, leur chute fait l’effet de cailloux jetés du chemin avec une certaine force. Plusieurs maisons ont jusque 25 carreaux de vitre cassés. À la sucrerie de MM. Losseau frères, il y en a plus de 400. Les récoltes ont beaucoup souffert ; un de nos gros cultivateurs évalue sa perte à plus de 20 000 francs. On estime à 35 p.c. le dommage pour les froments et les avoines. La betterave est abîmée dans sa partie foliacée, mais ce dommage se réparera en partie. Les tabacs sont déchiquetés. On me cite un ouvrier qui en a 13 000 plants et perdra plus de 1 500 francs. C’est un véritable désastre. Depuis 1866, nous n’avions plus eu de grêle désastreuse ici. On me dit qu’à Ragnies on a ramassé plus de 20 perdreaux tués par la grêle. (M.-J. Gouthière.)

Diest : À 10 h, tout le ciel est en feu ; les coups de tonnerre se suivent sans interruption ; à 10 ½ h, la pluie devient diluvienne, avec accompagnement de grêle et de vent. Le temps est épouvantable. Jamais orage n’a plané aussi longtemps sur la ville. La tourmente prend fin à 11 ½ h. (M. Vaes.)

Hechtel : Soirée très orageuse. Cinq orages au moins se succèdent. Ils viennent tous du SSO, du SO et du NO, et se dirigent vers l’E. Le dernier, à 10 h, est le plus intense. Tonnerre continuel et 42 éclairs par minute. À 11 h, dans le lointain, un orage passe encore du SSE vers l’E. (M. Sak.)

Sclayn : Chute de grêlons de 3centimètres de diamètre. Jardins et campagnes complètement abîmés, carreaux cassés, perdrix trouvées mortes le lendemain. (M. Suars.)

Andenne : Orage d’une épouvantable violence. Vers 7 h, on remarque de nombreux éclairs au SO, à l’O, au NO et au N d’Andenne. Ces éclairs augmentent continuellement en force. À 9 h, ils sont d’une violence extraordinaire et ne discontinuent plus. Tout à coup, à 9 ½ h, un formidable coup de tonnerre se fait entendre et une pluie de grêlons gros comme des œufs de pigeon couvre un instant les rues comme d’un tapis de neige. Elle ne dure que quelques minutes heureusement, mais déjà elle a brisé de nombreux carreaux, cassé des branches d’arbres, tué des oiseaux, ravagé les champs et les jardins. Les grêlons étaient blancs et arrondis. (M. L. Dartoit.)

Huy-Statte : Dès 7 h. du soir, par vent de SO, le tonnerre se fait entendre, principalement vers le NO, et les roulements ne prennent fin que vers 10 h. De 8 h. 45 à 10 h, les éclairs ne cessent pas une seconde. Cependant, le tonnerre est relativement rare et peu intense.

À 9 h. 48, la pluie commence et presque aussitôt tombe une grêle dévastatrice, dont on n’avait plus eu exemple ici depuis le 7 juin 1885. Beaucoup de grêlons, de forme arrondie, atteignent la grosseur de petits œufs de pigeon et couvrent le sol d’une épaisse couche blanche. À 9 h. 55, la pluie et la grêle cessent. Le phénomène avait donc duré 7 minutes, pendant lesquelles le pluviomètre reçut 12 mm d’eau.

Les dégâts occasionnés aux récoltes et aux fruits ont été considérables, principalement dans quelques communes en aval de Huy, où le vent paraît avoir été très violent. (M. L. Jadot.)

Scy : Les éclairs vus à l’horizon étaient d’une grande intensité; de forts traits de feu verticaux et rectilignes descendaient par moments des nuages vers la terre. Les nuages orageux se composaient de cumulus mêlés de forts bancs de cirrhus. (M. le comte C. d’Espiennes.)

La trombe du 10 août

Au moment où, sur la Belgique entière, la tourmente orageuse du 10 août est arrivée à son paroxysme d’intensité, vers 9 h, une trombe a parcouru toute la région que traverse la Lasne; depuis les confins du territoire de Plancenoit jusqu’aux environs de Wavre.

Le terrible phénomène a suivi une ligne sinueuse, dans une direction générale du sud-ouest au nord-est, sévissant sur une zone d’une centaine de mètres de largeur et semant partout sur son parcours la dévastation et la ruine. Le météore a duré quelques minutes à peine: tous ceux qui se sont trouvés dans son sillage assignent un temps très court à la période principale du phénomène et signalent son passage au même moment, entre 9 h. et 9 ¼ h, selon la concordance plus ou moins parfaite des horloges et des montres.

Sauf à Froidmont, où une femme a été légèrement blessée, on ne rapporte aucun accident de personnes, ni même de bêtes, car, chose assurément curieuse, partout dans les fermes sinistrées les chevaux, les chiens et le bétail sont restés indemnes.

C’est vers Lamarache, à la campagne Catamoureau, en deçà de quinze à vingt minutes du Lion de Waterloo, que s’observent les premières traces du passage de la trombe.

À Genlau, une douzaine de maisons sont fortement endommagées ; à Basse-Lasne et à Ohain, cinq ou six habitations également ont eu leurs toitures enlevées et même leurs murailles en partie démolies. Des poutres d’un poids énorme furent projetées à 200 mètres de distance ; des gerbes de blé, réunies, par dizains et par meules, dispersés dans tous les sens comme des fétus de paille. Sur le parcours du ruisseau l’Ohain, une centaine de gros arbres sont déracinés ou brisés.

Le grand établissement de M. Stouffs, à Chapelle-Saint-Lambert, un moulin avec distillerie, a particulièrement souffert. La toiture du corps de logis a été en partie enlevée et projetée à une distance considérable. La grange, le moulin, l’usine, les dépendances sont presque démolies : toitures abattues et murs fortement ébranlés, ou même écroulés en beaucoup d’endroits. Il est facile de voir, ici, que le vent n’a pas causé, à lui seul, tous ces ravages, mais que la foudre y a pris sa bonne part. On observe, à la grange notamment, de véritables effets explosifs : les pièces de la charpente ont été projetées avec une force inouïe dans trois directions distinctes.

Ailleurs, et sans qu’on puisse en attribuer la cause aux poutres et aux vernes ayant servi de projectiles, on remarque dans les murs des perforations pareilles au passage de boulets de canon et qui ne peuvent résulter que des effets de la foudre. À peu de distance, sur les bords de la Lasne, un bouquet de cinq peupliers du Canada est littéralement haché. Quatre des gros arbres sont déracinés et entrecroisent leurs troncs projetés dans tous les sens ; le cinquième est décapité. De-ci de-là, les feuilles sont recroquevillées, desséchées et noircies, accusant des traces de brûlure manifestes.

Les gens du moulin disent avoir vu passer, vers 9 h, une traînée de lumière fulgurante, un tourbillon d’éclairs, et avoir entendu en même temps un bruit étrange, une sorte de crépitement d’une intensité assourdissante, qu’ils comparent au roulement ininterrompu de quelque formidable tambour.

Au-delà du moulin, dans un champ d’avoine, on peut se rendre compte du peu de largeur de la zone affectée. Les avoines, couchées ou arrachées, forment un ruban large de moins de 100 mètres. La terre est assez profondément labourée par la foudre en certains endroits.

Plus loin, la trombe gravit la côte du bois de Chapelle-Saint-Lambert, où son passage est marqué par un grand abatis d’arbres.

Mais c’est surtout dans le bois de Rixensart, dit « Bois-Là-Haut », entre Bourgeois et Froidmont, que le spectacle est d’une sauvage grandeur. Des chênes de 2 m 50 de circonférence, des canadas énormes, des bouleaux superbes sont arrachés, tordus. La trombe a exercé ses effets à des hauteurs variées, comme si elle s’élevait et s’abaissait sans trêve : ici les arbres sont simplement étêtés ; là, ils sont déracinés ou déchiquetés à la base, laissant des souches que l’on pourrait comparer à de gigantesques bottes d’allumettes ; plus loin, les troncs majestueux sont brisés à mi-hauteur. On dirait que le météore, furieux de la résistance qu’il rencontrait dans cette futaie admirable, s’y est attardé à la parcourir en tous sens, s’acharnant à la détruire de fond en comble : sa trace s’y élargit et semble revenir plusieurs fois sur elle-même. C’est une dévastation dont on n’a pas idée, que la plume, en tous cas, est impuissante à dépeindre.

Au sortir du bois, la trombe suit le chemin de terre conduisant à Froidmont, et elle endommage sérieusement les habitations qui le bordent. Un vaste hangar, sur la hauteur, près de la ferme Taymans, s’est écroulé sur les outils et instruments aratoires qu’il abritait. Pour beaucoup de malheureux paysans, c’est la ruine presque complète. À la ferme Sohière, la grange et la remise sont renversées ; tout ce qui était déjà rentré de la récolte est exposé à la pluie. Dans le verger, un pommier de 40 centimètres de diamètre a été enlevé, avec ses racines, et transporté à une trentaine de mètres de distance dans un verger voisin.

La maison de M. Michiels, près du talus du chemin de fer, semble avoir subi les horreurs d’un bombardement ; l’un des pignons s’est renversé sur près du tiers de sa hauteur, défonçant le plafond du premier étage ; la moitié de la toiture s’est envolée au delà de la voie ferrée. La serre aux fleurs a disparu, la serre aux raisins compte une centaine de carreaux cassés. Ici encore, le passage de la foudre peut seul expliquer certains dégâts constatés dans l’immeuble.

La maison voisine, chez Julien Mélotte, est également endommagée. Là, cinq enfants ont failli être écrasés dans leurs lits.

Des poteaux télégraphiques sont arrachés et les fils roulés en pelote.

De l’autre côté du chemin de fer, ce qui reste du hameau de Froidmont rappelle l’aspect d’Austruweel, après la catastrophe Corvilain. Des maisonnettes ont littéralement « versé » et c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu là de nombreuses victimes. Citons la maison de la veuve Carême, dont un seul hangar a été épargné, les métairies contiguës de Virginie Héraut et de Ernest Miesse, celles de Michiels, de J.-B. Mayné – lequel dormait avec sa femme et ses six enfants au rez-de-chaussée, lorsque son toit et l’un de ses pignons ont été « soufflés » et que son mur de façade s’est couché vers l’intérieur, le tout sans tuer personne ! – les maisonnettes de Grégoire Héraut, de la veuve Debroux, de l’employé de la station Bary, toutes saccagées.

Plus loin, au-delà du château du comte de Mérode, la trombe a fait encore des ravages considérables dans le grand bois de Rixensart et dans le bois de Bierges. Ses effets se sont fait sentir jusque Basse-Wavre, où la ferme de l’hôtel a eu sa toiture enlevée. »


A. Lancaster (Ciel et Terre, vol. 16, 1896)

Ce document se trouve sur Internet sur le site de « SAO/NASA Astrophysics Data System » sous http://www.adsabs.harvard.edu/

Il faut s’armer de patience, cependant, car cette partie du site est un véritable fouilli (documents scannés souvent de mauvaise qualité) et les moteurs de recherche ne fonctionnent pas toujours bien.


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Nicolas Baluteau
Collaborateur de Belgorage

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MessagePosté le: Mer 13 Aoû 2014, 11:00    Sujet du message: Une très probable tornade F4 découverte en France (ds le 80) en 1895 Répondre en citant

Et moi qui pensais vous apporter l'info pour la tornade de Belgique ! Madtong Du coup c'est son homologue française qu'on vous fait connaître alors. Merci Robert pour ta réponse très documentée qui apportera de l'eau à notre propre moulin en nous permettant d'avoir une vision plus globale de l'épisode.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:09    Sujet du message: Une très probable tornade F4 découverte en France (ds le 80) en 1895

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